Avalon

Le clan Avalon
 
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 Une vie

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Ossiria
Trinqueuse née, poivrote... et guerrière
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Localisation : Dans un monde de brumes
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MessageSujet: Une vie   Mer 20 Déc à 0:12

Ossiria se recroquevilla, larmes aux yeux. Arrête ! Pitié arrête ! Elle tenta de se relever en s'accrochant au mur, mais ses ongles dérapèrent et elle retomba lourdement. Ses membres lui faisaient défaut. Elle ne pouvait plus compter sur eux. Elle tremblait, animée de soubresauts soudains. Sa respiration était haletante. Son visage humide. Elle pleurait. Arrête ! Ces sentiments ! Elle ne les avait jamais vécu pourtant ! Comment était-ce possible ?! Ce n'était pas sa vie ! Et pourtant...
L'enfant s'approcha. Aucun sentiment ne transparaissait sur son visage angélique. Rien. On ne pouvait rien voir d'elle. Ce n'était qu'un mur, un coffrage qui empêchait toute chose extérieure de passer. Elle prit les plis de sa tunique sous ses bras qu'elle plaça à ses genoux en s'agenouillant devant la centaure terrifiée. Elle la regarda, la tête légérement penchée sur la droite. Pas un mot, seuls les renifflements et les pleurs d'Ossiria se laissaient entendre. Leurs yeux étaient à présent à la même hauteur. Esprit d'égalité... L'enfant tendit soudain une main et la passa dans les cheveux de la guerrière qu'elle attira à elle.


"Pardonne-moi pour ce que je te fais vivre... Mais c'est le prix..."

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _



Elle dormait paisiblement. Sans rêve, elle se reposait. Sa petite maison, ouverte sur la mer au nord et sur les plaines au sud, était baignée dans le silence. Elle ouvrit doucement les paupières, les rayons du soleil naissants lui réchauffaient déjà le corps. Ossiria appréciait ces moments pleins de douceur, ces moments durant lesquels le temps semblait faire une pause. Elle les savouraient, écoutant les rouges-gorges qui déjà s'activaient à présent.

"Bonjour"Ah... Surement un reste de rêve... Surement... On insista :"Bonjour"

Cette voix pourtant... Elle la connaissait... Oh et puis non !
Encore couchée sur le flanc, la centaure se redressa légèrement.


"Qui que ce soit... Laissez-moi dormir encore !"
"Je ne pense pas... Il est temps"

Ses yeux s'ouvrirent soudainement. Mais oui ! Cette voix ! L'enfant. Ossiria se redressa d'un coup cette fois. Devant elle, les mèches mauves de l'humaine dansaient sous l'action du vent marin. Elle était si mignone à ce moment-ci. La centaure sentit son coeur se serrait. C'était un danger pourtant... Mais en même temps, quelque chose l'attirait vers elle. La frêle enfant s'approcha, sans dire mot.
Comme Ossiria lui paraissait grande ! Mais elle devait le faire. Les Esprits le lui avait demandé. Et ce que Esprit veut... La petite ne se sentait pas le courage de lutter contre eux, elle ne voulait plus... Elle saisit le bras d'Ossiria. Le monde se mit à tourner.
Encore cette sensation ! Toujours la même ! Toujours les images qui se mêlent avant de devenir un autre paysage. Ossiria ferma les yeux, front plissé. Elle savait qu'elle n'y pouvait rien, elle savait qu'elle devait s'exécuter, se plier à la volonté de cette petite humaine. Son instinct de survie certainement...


"Ouvre les yeux"
*Ai-je le choix ?*, pensa la centaure.

Un village. Une fontaine. Des enfants. Elle avait déjà vu tout cela. Mais c'était en rêve...

"Oui... Tu as déjà vu ces images..." C'était un murmure triste qui avait émané de la petite tête mauve.

Les poules caquétaient nerveusement, se réfugiant entre les jambes robustes d'étalons que le forgeron parait. Mais les enfants, armés de bâtons, les poursuivaient sans relâche. Des jeunes filles riaient, près de la fontaine, des savons posés sur les rebords de pierre, des corbeilles de linges appuyés sur leurs hanches. Des allées, des venues. Tout était si... familier. Mais pourtant, Ossiria n'y avait jamais mis les pieds. Elle ne connaissait pas cet endroit.

"Taälneck"
"Pardon ?"
"Taälneck... C'est le nom de ce village..."

Etait-ce des larmes qui semblaient s'immicer aux coins des yeux de l'humaine ? Ossiria en douta immédiatement. Non, cette enfant ne ressentait rien malgré son apparence fragile. Elle fit quelques pas. Et s'arrêta aussitôt lorsqu'une voix faible s'éleva.

"Salaân"

La centaure se retourna. L'enfant, le bras levé, montrait de son index un gamin qui jouait dans un coin. Une épée de bois à la main, il tenait tête à trois ou quatre autres bambins. Leurs cris de petits se voulant grands trop tôt fit sourire Ossiria. Décidemment, on en trouvait dans tous les villages.

"Salaân... Je l'aimais bien, lui... Il était gentil."

Ossiria ne savait plus quoi faire. Elle n'osait plus bouger, à peine pensait-elle avoir le droit de respirer. Elle fixait l'humaine à présent. Oui... Ses yeux étaient bien embués... Mais elle se maîtrisait encore. Elle restait ferme, rude. Sa voix était sans accro. Son doigt passé d'un enfant à l'autre, elle continuait :

"Kalenya, mon amie. Nous étions inséparables."

La petite fille à couettes rousses qui était à présent le centre d'intérêt jouait tranquillement avec sa poupée sur une botte de foin. Salaân, gamin aux yeux espiègles d'un noir profond, vint soudain la déranger. Accompagné de ses accolytes, il tourna autour de Kalenya. Celle-ci semblant aspirer à la tranquillité, elle se mit à crier. Une jeune fille se détacha soudain du groupe de la fontaine. Ses longues mèches bleues voletèrent autour de son fin visage alors qu'elle se précipitait vers les enfants. Elle s'accroupit auprès de la rouquine. Elle la berça.

"Elle avait été choquée... Son père... Enfin son père..." La petite se mordit les lèvres, puis sourit "Là, c'est Isiel. Ma soeur. Ma grande soeur. Elle était amoureuse" Un petit rire s'échappa. "Elle était toute folle, toute heureuse..."

La centaure regarda la scène. Une scène de vie quotidienne dans un petit village de campagne. Les bruits, les saveurs, les odeurs. Tout oui... Tout...
Le paysage tourna de nouveau. Perdue dans ses pensées, Ossiria n'avait pas sentit l'enfant se rapprocher doucement d'elle.
Un arbre immense se dressait à présent face à elles. Un frêne millénaire à la vue de son tronc. On était bien loin des ents que la guerrière avait autrefois tailladés sans relâche. La petite s'en approcha. Elle caressa doucement l'écorce noueuse. Ses doigts semblaient y danser. La tête mauve se blottit soudain dans un creux formé par les énormes racines.


"C'était mon repère..." Elle levait les yeux au ciel, regardant les nuages qui s'y déplaçaient mollement. Les bras passés dans son cou, comme un oreiller, elle avait plié les jambes afin de ne pas avoir mal au dos. Elle semblait sourire aux anges. Ossiria était éberluée. Etait-ce bien la même personne ? Et... Mais que se passait-il ? Que faisaient-elles là ? Elle semblait ne pas vouloir comprendre, ne pas entendre que l'enfant parlait bel et bien de sa vie. "Je suis morte tu sais..." Un frisson passa. Ossiria fut prise d'un froid soudain.

"Je te conte ma vie..."
"Pourquoi ?"

L'enfant ne prononça plus un mot durant quelques minutes. Même les oiseaux qui jusqu'à présent avaient chanté leur bonheur s'étaient tus.

"Je m'étais réfugiée ici ce jour là"

Ossiria releva la tête. Elle avait fixé le sol, comme regrettant d'avoir coupé la joie de l'humaine. Mais celle-ci avait repris son histoire. Posée sur un coude, elle fixait la centaure.

"Je m'étais disputée avec Kalenya... Et Isiel était trop occupée avec ses histoires de coeur pour me prêter attention. Alors j'étais venue ici, pour me calmer. C'était un endroit que mon père affectionnait aussi..." Sa voix avait faibli vers la fin. Elle se ressaisit et montra le paysage derrière Ossiria."Regarde"
La centaure se retourna doucement, machinalement. Rien ne la frappa sur le moment. Puis très vite, son cerveau ankilosé sembla se remettre en marche. Une colonne de fumée noire montait dans le ciel. Puis une seconde la rejoignait. Une troisième...

"C'est comme cela que j'ai su"

L'enfant avait quitté son nid végétal. Elle fit quelques pas, doucement. Et tout tourna de nouveau. Le même village. Mais plus rien que du feu, que des débris, que des corps. Ossiria recula, prise d'un haut-le-coeur. Elle tomba. Ses pieds s'étaient pris dans un homme allongé, raide. Elle tenta de se redresser, mais sa main glissa dans une marre de sang. Elle s'affaissa.

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MessageSujet: Re: Une vie   Mer 20 Déc à 0:12

"Qu'est-ce que ?!"
"T'es-tu déjà demandé pourquoi toi, une guerrière fille de guerriers, répugnais tant la guerre. T'es-tu jamais posé la question ?"
"Parce que..."
"Non, non. Je ne te parle pas du fait que ce soit bien où non. Au plus profond de toi... Tu ne l'as jamais ressenti ?"

Soudain, Ossiria n'était plus au même endroit. Soudain, ce n'était plus ses mains qu'elle regardait. Elle était... humaine ?! Face à elle, un géant borgne se dressait. Il l'a saisie par le menton. Elle avait mal. Mais aucun son ne parvenait à sortir. Elle n'arrivait pas à se débattre. Elle aurait voulu fuir pourtant ! Fuir ! *Tu ne peux pas. C'est ainsi que ça c'est passé. Tu ne peux que voir ce que j'ai vu. Tu dois ressentir aussi. Ressentir tout ! Tout !* Cette voix dans sa tête ?! Celle de l'enfant ?! Ce qu'elle avait ressenti ?!

"Tue-le !" Le géant montrait un homme à terre, un barbu au regard clair."Tue-le sale garce ! Sinon ta mère et ta soeur..." Une lance fut placée entre ses mains. Elle tremblait. Le sang l'entourait déjà, coulant en jets des corps précédemment torturés. Elle pleurait. Elle savait qui était cet homme à terre. Son père... La pointe s'effonça peu à peu, puis soudainement. Le ventre de la victime se raidit, elle le sentait. La vie l'avait à présent quitté. Des larmes, encore des larmes. Elles coulaient sans repis. Son visage lui brûlait.

"Bien... Bien..." Un geste du géant. Des cris. Sa mère et sa soeur, Isiel, furent emmenées dans une cahutte.
"Vous m'aviez promis !" Un rire gras, horrible. Un rire sadique. Puis ces paroles : "Tu seras la prochaine"

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Le noir. Les yeux qui se ferment le plus possible. La douleur, cette douleur lancinante, là en bas. Elle étouffait sous le poids de ce corps immonde. Elle étouffait. Elle aurait voulu mourir. Mourir à présent. Elle le voulait ! Oh pitié ! Pitié ! Laissez-moi partir. Et dans ce noir qu'elle s'imposait, des cris résonnaient. Des cris de terreur ! Ceux de sa mère, ceux de sa soeur, ceux de ses amies. Seules les "femmes" avaient été épargnées... Le noir.

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"Elle est vivante celle-ci !"

Une voix... Des cris. Comme des échos d'espoir. Mais elle voulait mourir pourtant, encore et toujours. Ce goût... C'était celui du sang. Elle s'étouffait dans son propre sang. Après s'être amusés, ces monstres n'avaient voulu laisser aucun survivant, aucun témoin. Mais des âmes sauves regardaient à présent dans les moindres recoins du village. Elles voulaient donner des sépultures dignes à celles et ceux qui avaient été les victimes d'une horde de barbares. Une présence se pencha sur elle. L'humaine avait toujours les yeux fermés. Elle refusait obstinément de voir, d'accepter qu'elle devrait vivre à présent avec cet affront.

"Elle respire ! Hey vous autres ! Venez, venez vite ! Tiens bon petite, on va te sauver"
*Non, laissez-moi mourir, par pitié !*
"Tiens bon ! Hey tu m'entends ?!"

Bien sûr elle entendait ! Mais elle ne voulait pas parler ! Plus jamais. Une main se posa sur la sienne. Un frisson.

*Ne me touchez pas ! Que personne ne me touche !*

Des larmes coulaient encore sur ses joues, elle les sentait. Elle fronça les sourcils. Non ! Ne pas accepter ! Ne pas ouvrir les yeux !

"Salement ammochée..."
"Sauvez-la !"
"On fera ce qu'on peut..."
*Ne me sauvez pas ! Ne me touchez pas !*Un éclair vif, celui de la lumière.
"Ouvre les yeux, petite ! Allez ! Fais un effort !"
*Non !* Son front se plissa encore.
"Allez petite !" Des larmes toujours. Ca faisait mal. De l'eau soudain. Sur son menton coulait le liquide. Elle avait si soif ! Boire ! Oui boire ! Encore !
"Transpercée par une épée... C'est un miracle que celle-ci ait tenu le coup... Ils ont voulu l'achever... Comme les autres..."
"Ca aurait mieux valu !"
"Ne dis pas ça ! va-t-en oiseau de malheur !" Des râles. Une odeur étrange. Puis le noir, de nouveau.

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _


Soudain, Ossiria ne sentait plus la douleur. Elle était chez elle, sur Avalon. Mais les larmes coulaient. La douleur était encore un souvenir. Les sensations, les sentiments, tout ! Tout était là ! Et puis d'un coup, cette enfant qui venait de faire son malheur en lui faisant partager sa vie contre sa volonté la prenait dans ses bras et la berçait. La centaure était sans force. La centaure ne pouvait plus réagir. Soubresauts, respiration difficile, souvenirs, douleurs.

"Le temps efface un peu les cicatrices..."

Ossiria leva les yeux vers celle qui venait de parler. L'enfant avait une voix étrangement changée. Toujours la même, mais différente pourtant. Interdite, effarée, la guerrière regarda bouche bée celle qui lui faisait face. Une femme d'une vingtaine d'années. De longues mèches mauves entremêlées. Le capuchon d'une cape noire posé sur sa tête. Un bâton de mage à la main. Majestueuse. Malgré sa carure robuste, elle semblait douce et pleine de bonne volonté. Un sourire mélancolique se dessina sur ses lèvres roses.

"Ne pleure pas. Je suis là. Ce n'est ta vie qu'en partie. Les Esprits te font payer le prix de ta requête. Tires-en les enseignements qui s'imposent. Comprends ce que tu es au fond de toi-même. Comprends tes réactions face à ce monde. Elles remontent aux origines..."

La cape ample entoura Ossiria. La tête posée sur le coeur de l'humaine, la centaure sentait sa chaleur. Toujours tiraillée par les souvenirs qui hantaient à présent son esprit, elle se calmait peu à peu, encore animée de temps à autre par des soubresauts.

"Je... ne comprends pas... Je ne comprends rien..."
"Je me nomme Ossiria..."
"Oss.. iria... ?"
"Oui"
"Comment..."
"Les Esprits se jouent parfois des âmes. Un Grand Equilibre règne en ce monde et en les autres, même si nous n'en avons pas toujours conscience. Chacun a ses parts de joies... Et ses parts de douleurs... Ma vie ne s'est pas résumée à cela. J'ai longtemps voyagé, j'ai découvert le monde durant bien des années... Tu as souffert. Mais je n'avais pas le choix. Tu as été plus courageuse que celle qui t'a précédé... Elle a refusé de comprendre, elle a fermé son coeur... Elle en est morte..." Ossiria ne comprenait pas. Mais elle écoutait pourtant. Comme bercée par cette ennemie devenue si proche. La mage lui caressait doucement les cheveux, comme une mère le fait à son enfant. "Un jour où l'autre, tu aurais été piégée. Un jour où l'autre, les Esprits auraient trouvé le moyen de te faire revoir cette vie. Ils s'acharnent parfois sur certains afin d'en bénir d'autres... Le Grand Equilibre..."

Les yeux rougis, la centaure releva le regard.

"Suis-je... maudite ?"
"Pas comme tu l'entends... Il t'est donné ici la possibilité de devenir plus forte. Mais il faut parvenir à le comprendre..."
"Je... ne veux pas... être plus forte !"
"Les Esprits décident. Les Esprits jouent. Les Esprits aiment à tester certains des nôtres..."
"Je fus... toi ?"
"Oui"

Un silence pesant s'imposa. Des murmures au dehors. Ceux de la nature qui comprend que quelque chose vient de changer, et qui n'ose s'imposer comme si de rien était. L'humaine se releva doucement, caressant le visage de la guerrière fatiguée.

"Je dois te laisser... Je reviendrai peut-être... Cela dépend de toi, de tes réactions... ô Ossiria... Fais le bon choix je t'en conjure !"

La mage semblait ressentir quelque attachement pour cette frêle réincarnation. C'était à regret qu'elle l'abandonnait. Elle aurait voulu la serrait tout contre elle, encore et encore. Plus que quiconque, elle savait ce qui bouillonait à l'intérieur de la guerrière. Mieux que quiconque, elle savait comment il fallait réagir. Elle... se connaissait...
Evanescente, elle disparut. Et la centaure qui leva brièvement le bras en sa direction le laissa soudain tomber. A quoi bon...
La fatigue. La douleur du coeur. Celle des entrailles. Le noir enfin.

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Ossiria
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MessageSujet: Re: Une vie   Mer 27 Déc à 18:15

Quelques mèches volaient au gré du vent. Ce vent, si pur, puissant et tendre à la fois, chargé des senteurs de tout un monde ; ce vent passait les fenêtres de sa maison. Il animait les voiles transparents, habit d'un lieu de calme. La douceur d'un coucher de soleil, la lumière pâle d'un crépuscule. Une lune pleine, jaune, entamait son cheminement à travers un ciel pailleté d'étoiles. Ses doigts se contractèrent. Le toucher du bois du sol était rude ce soir-ci. D'habitude si chaud et si réconfortant, il était à présent associé à la douleur qui s'emparait de la centaure. Une douleur physique des muscles qui ont connu trop d'épreuves. Une douleur mentale aussi, celle d'un être épuisé par la vie.
Un jour était passé. Ossiria ouvrit les yeux dans un froncement de sourcils. La lumière pâle lui paraissait aveuglante. Un temps passa, mêlé de périodes d'éveil et de périodes de noir. La lune continuait sa course. Elle qui l'avait autrefois protégée de son nom ne pouvait à présent qu'assister, impuissante, au désarroi d'Ossiria. Sans en avoir vraiment conscience, la centaure s'était levée. Elle avait allumé un feu, puis s'était posée devant. A présent, frissonnante malgré la chaleur ambiante, elle regardait les flammes danser, hypnotisantes. Les crépitements ne la faisaient pas sursauter comme à l'accoutumée. Elle ne se délectait pas des variantes de rouges, de jaunes et de bleus qui composaient l'âtre. Non, plus aucune âme ne semblait habiter le corps de la guerrière. Les images lui revenaient, chaque fois pires, chaque fois plus tourmentantes. Les douleurs suivaient, elles aussi plus accrues. A plusieurs reprises, la jeune femme se leva, prise de haut-le-coeur, et partit vomir. Puis elle revenait, et reprenait sa place devant le feu. Ce fut ainsi un étrange ballet qui s'exécuta sous la lueur de l'astre nocturne.
Puis les rayons de l'aurore pointèrent. Un jour nouveau, un jour plein de promesses, se profilait. Toujours perdue dans ses pensées, Ossiria sortit. Elle, d'habitude si sensible aux charmes de la nature, n'y prêta nulle attention. Elle marcha d'un pas lent et monotone. De larges cernes entouraient ses yeux bleus que le pétillement avait abandonné. Ses vêtements étaient froissés. Des mèches étaient collées à son front par la sueur. Une fièvre l'avait prise et ne la quittait plus. Elle tremblait. Sans idée, elle dérivait. Sans but précis, elle marchait. Elle parvînt finalement sur une plage de sable fin qu'elle avait souvent longée. C'était l'un de ses endroits préférés. Approprié à la méditation, il l'avait souvent accueillie. C'était ici qu'elle avait séché ses premières larmes. C'était ici qu'elle avait rencontré Vaïel pour la première fois. C'était ici que l'enfant lui était apparu... Toutes ces images lui revinrent d'un coup. Son coeur se serra, ses poumons se contractèrent, le souffle lui manqua. L'angoisse. C'était l'angoisse qui se nichait en elle. Le sable d'or reçut les larmes de la guerrière. Encore un moment, un moment où seuls les cris des goélands et des mouettes troublaient le bruissement des vagues. Les vagues... la centaure qui avait plié un genou se releva et dirigea son regard fatigué vers l'immensité azur. Ses pas furent hésitants d'abord, puis assurés. Elle avançait. L'écume vint jouer avec ses sabots. Des gouttelettes jaillirent à son entrée dans l'eau. Celle-ci semblait lutter contre la centaure, mais déjà, Ossiria était immergée jusqu'à la taille. Elle écarta les bras. La fine tunique blanche qu'elle portait paraissait peser dur. Elle continuait. Son menton s'engouffra à son tour. Les algues semblaient l'attirer. Elles s'agrippaient à elle comme pour la retenir. Une lutte de plus. La caresse du courant marin sur son poil avait quelque chose d'apaisant malgré l'acte qui se tramait. Bientôt, plus rien ne parut à la surface. C'était comme si Ossiria n'avait jamais existé.
L'eau parcourait ses poumons. Le sel de ses dernières larmes se mêlait à celui de la mer qui l'accueillait, protectrice, dernière demeure.


"Fais le bon choix je t'en conjure !"

Cette voix, ces paroles... L'humaine continuait de la hanter même dans ses derniers instants. Elle résonnait dans la tête de la guerrière qui perdait peu à peu connaissance.

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _


Une femme s'était penchée sur la jeune centaure.

"Alors, la Chose ?! J'peux savoir où tu étais ?!"

Elle avait une voix tonitruante, et ce, malgré son petit gabarit. Les traits tirés de son visage enveloppaient des yeux noirs à la dureté inquiétante.

"Laisses-la , veux-tu ?"
"Non ! Je ne veux pas justement ! Elle est intenable ! Et muette avec ça !"

Cette harpie tenait tête à son père. Ce noble centaure de grande carrure avait posé un regard doux sur sa fille. Ses grandes mains s'étaient appuyées sur les épaules de sa progéniture, et, ne tenant plus compte de la belle-mère qui tempêtait dans son coin, il avait murmuré :

"Tu ne veux pas me le dire à moi ?"

Ossiria avait secoué la tête. Elle ne parlerait pas. Elle ne parlait plus...

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _


Une longue chevelure blonde s'étendait comme une auréole autour d'un visage pâle. La Mort était passée. Sa mère avait succombé. Emportée par une fièvre, ses derniers mots avaient été une chanson. Pour sa fille tant aimée, pour celle qui avait illuminé sa courte vie, elle avait destiné son dernier souffle. Une caresse sur les joues de l'enfant en pleurs. Puis elle s'était éteinte. Ossiria n'avait pas accepté. Elle refusait l'évidence. Elle restait là, tenant une main de la défunte, lui parlant comme si elle pouvait encore l'entendre. Les lèvres mordues jusqu'au sang, elle avait résisté à son père qui était venu la chercher. Le centaure autrefois si robuste paraissait avoir vieilli de dix ans en quelques jours. Il aurait voulu être aussi innocent que sa fille, être libre des emprises du monde extérieur ; mais il n'en était rien.
Ossiria n'avait plus parlé. Ses derniers mots avaient été pour sa mère. C'était comme un échange entre elles. L'enfant s'interdisait le moindre son à présent. Murée dans son silence, elle battait l'air d'une épée de bois, elle arpentait la terre qui recouvrait la tombe de sa mère.
Ces mots... On lui avait dit qu'ils étaient le meilleur des remèdes. Des gens bien pensants le lui avaient assuré, se penchant sur elle, déclamant la grande force de caractère de sa mère qui combattait ardemment la maladie. Ces mots, ils n'avaient servi à rien. Ca ne servait à rien les mots... Leurs échos seuls vibraient dans sa tête... "Je t'aime"... Entremêlés à la dernière chanson de celle dont elle ne pouvait se passer :


...Naé lo di ka mayanoï
Késadé mi fa polamkali
Naéto méya ta lémé
Yua kolito é bén kasé...


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MessageSujet: Re: Une vie   Mer 27 Déc à 19:14

Ses pupilles se contractèrent "...di ka mayanoï..." Dans un dernier sursaut de vie, Ossiria fléchit les postérieurs et s'élança vers le haut "Késadé mi..." Elle étouffait, elle respirait "...Naéto méya ta..." Les vagues la poussèrent. Elle toussait, crachait, pleurait "... é bén kasé..." Dégoulinante, frissonante, elle tapa le sol avec rage. Son poing frappa encore et encore. Elle hurla. Un cri de bête blessée se répercuta sur les falaises alentour. Plein de haine, plein de douleur. Ossiria refusait la mort. Elle refusait de se soumettre.

"Fais le bon choix je t'en conjure !"
"Je vais le faire, le bon choix !", hurla-t-elle aux éléments.

L'Histoire des Anciens, c'était cela. Ne pas accepter la fatalité, tout faire pour se jouer de la vie, pour se jouer de la mort. Vendre leurs âmes. Lutter, puis finalement abandonner. Ils s'étaient pliés, impuissants, submergés. Vaïel le lui avait conté. Lui, lui seul était resté fièrement dressé face aux Esprits. Durant des dizaines d'années, des centaines, il avait accepté ses démons. Son passé, ses passés... Mais il avait faibli, et un jour, avec comme seul adieu un geste de la main, le bourru au grand coeur était parti pour ne plus revenir. Ossiria avait retenu ses sanglots à la demande de son ami. Elle l'avait vu s'effacer face à la nouvelle civilisation d'Avalon. Vaïel, celui qui l'avait recueillie et soignée, celui qui l'avait bercé et consolée ; les Esprits le lui avaient pris aussi. Les Esprits ! C'était leur faute ! Tout. Toutes les souffrances, toutes les pertes. Toutes les douleurs, tous les pleurs. Ces êtres qui se disaient supérieurs se délectaient. Ils jouaient ! Mais ils avaient une faiblesse. S'ils devaient craindre quelque chose, c'était que l'on ne croit plus en eux, qu'on les défie. Habitée de ces pensées de révolte, bouillonante, Ossiria connaissait une nouvelle force. La rage lui permettait de galoper, toujours plus vite. Ce lieu ! Là où tout avait commencé. Là où elle avait refusé la mort en suppliant, telle un misérable insecte. Elle avait offert son sang. Elle avait signé un pacte. A présent, elle allait le rompre. De sombres nuages s'élevaient dans le ciel. Le tonnerre grondait.

"Menacez autant que vous voulez !", hurla la centaure au ciel.

La limite de fleurs blanches, la forêt, la source, le rocher. Sans arme, elle se présentait ainsi aux Esprits. Elle se saisit d'une branche solide et en frappa l'autel. De plus en plus vite, de plus en plus fort. Les coups se succédaient. Frapper. Frapper encore et toujours. Détruire. Détruire ces monstres de cruauté. Détruire les croyances. Détruire leurs pouvoirs. Les résigner à disparaître. En sueur, tremblante, Ossiria semblait comme folle. La foudre frappa à quelques mètres devant elle, laissant une large tache noirâtre. Malgré l'éblouissement, la centaure continua. Une odeur de terre carbonisée emplit l'air "Arrêtes !" Les nuages au-dessus de sa tête devenaient plus noirs, plus menaçants encore. L'autel ne semblait pas prêt de s'abîmer "Arrêtes..." La voix au départ solide s'était adoucie. La guerrière se retourna soudain, les dents serrées, les mains crispées sur son arme de fortune. La mage se tenait là, un regard empli de mélancolie "Arrêtes...", murmura-t-elle.
Soudain, Ossiria était faible, de nouveau vidée. Son bâton s'échappa et toucha le sol dans un bruit sec. Les nuages tonnaient toujours. Un vent glacial prenait place à présent. Des feuilles entraînées par son souffle se laissaient manipuler, montaient, descendaient selon son gré. Il faisait froid... Si froid. Les vêtements trempés de la centaure renforçaient cet effet. L'humaine fit quelques pas prudents en direction de sa vie postérieure. La voyant si faible et désemparée, elle fit cliqueter sa fibule d'argent et enveloppa la guerrière de sa cape noire. Couverte jusqu'à la croupe par l'épais tissu, la centaure serra les doigts. Sa peau d'une pâleur maladive lui donnait l'apparence d'un spectre. Ce n'était plus qu'une ombre... L'ombre d'elle-même. La mage frotta vigoureusement sa protégée puis leva les yeux au ciel. Elle resta un instant ainsi, les pupilles animées d'éclats mauves et oranges, dilatées à l'extrême. Les nuages se dissipèrent rapidement, et elle reprit le réchauffement. Après quelques minutes, longues et pesantes, dans un silence de mort, elle murmura doucement :

"Ta rage est compréhensible, Ossiria. Mais si les Esprits se montrent parfois durs et sournois, il n'en reste pas moins qu'ils savent être généreux. S'ils donnent les malheurs, ils donnent les bonheurs aussi"

Elle fit une pause. d'un claquement de doigt, elle alluma un feu que la centaure fixa, hébétée. Les paroles de la mage ne lui parvenaient que difficilement. Elle peinait à tout comprendre.

"Tu leur as tenu tête, tu as refusé le chemin de la facilité qu'ils voulaient te voir emprunter. Mourir t'aurais apporté bien plus de soulagements que vivre. Pourtant, tu t'es battue. Tu les as surpris, vexés même. Ils sont habitués à voir les âmes courber l'échine...", elle frottait encore le corps endolori de la centaure qui se réchauffait peu à peu, "Tu as fait le bon choix... Entre suivre la voie calme du fleuve de la Mort et poursuivre ta route dans les méandres de ce monde, tu as opté pour la seconde solution"
"A quel prix", hasarda la guerrière. L'humaine la regarda attentivement, sans un mot, surprise. Oui, le prix était élevé. Cela coûtait cher d'accepter de vivre. Ossiria, elle le savait, avait toujours eut cette tendance à vouloir disparaître, à vouloir s'effacer définitivement. Aujourd'hui, par ses expériences, elle s'était endurcie. Aujourd'hui, elle avait accepté de vivre.

"Je t'ai montré ce qui fut mes instants de douleur. Je vais à présent te faire partager mes joies..."

La mage toucha le front de la centaure, et des langues de mana mauves coururent sur le sol, les enveloppant de réconfort.
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Ossiria
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MessageSujet: Re: Une vie   Mar 3 Avr à 0:23

Une large salle les acceuillit cette fois. Pleine de fastes mais pourtant d'une simplicité étonnante. De larges dalles de marbre blanc couvraient le sol, rappelant le matériau des colonnades qui s'élevaient. L'humaine sourit doucement. Une chaleur baignait la pièce. Les vêtements de la centaure étaient secs, comme si rien ne s'était produit.

"Voici Atlantis..."

Le regard interrogateur de la guerrière poussa la mage à agir. Elle lâcha la main qu'elle tenait, et s'avança. A chaque pas, elle semblait rajeunir. Soudain des gens apparurent. Elfes, humains... Comme sortis d'un autre monde. Tous riaient et buvaient. L'humaine d'une quinzaine d'années toussota et murmura à leur intention, timide :

"Bonjour... Je suis... Ossiria... Je suis nouvelle..."

Ce fut alors une vague d'exclamations. Tous l'encadrèrent, parlant, se poussant du coude, lui souhaitant la bienvenue. Après un instant passé à se réjouir de la venue d'une nouvelle recrue, ils étaient retourner vers la table de banquet, afin de se délecter de quelque boisson.
L'adolescente revînt alors vers la centaure. Elle souriait, elle semblait tellement heureuse... Insouciante certainement.

"Voici les Lords of Atlantis", clama-t-elle en désignant d'un vaste geste de la main les compagnons qui leur tournaient le dos, "Ils furent ma famille... Ils m'accueillirent avec toute leur bonté et leur gentillesse... "

Son menton rieur montra un jeune homme aux cheveux longs, ramenés en arrière, portant quelques livres ornés de runes.

"Poush fut mon maître. C'est lui qui me permit de rejoindre le clan."

Un jeune guerrier devint ensuite sa cible.

"Fugitif... Sans lui... Jamais je ne me serais sentie à ma place... Chaque jour, il s'inquiétait de mon sort. Chaque jour, il avait une parole douce pour moi. Il fut mon premier chef de section."

Une humaine toute habillée de rose et aux longs cheveux d'un noir ébène s'agitait. Elle passait d'un être à l'autre, riant aux éclats, énergique, positive. Un rire anima la mage.

"Ahhh Matie... Sans elle, qu'auraient été les LoA ? Elle était l'âme joyeuse du clan. Elle était partout, toujours présente, toujours prête à aider... Et à boire bien entendu !"

Au milieu de toute cette agitation se détachait une elfe à la blondeur remarquable. Elle semblait trôner là, posant un regard doux et attentionné sur ses compagnons.

"Elle était protectrice, généreuse et dévouée. Prête à tout pour nous, pour notre bien... Fière représentante de Santéria... Aeriline..."

Des larmes de joie coulaient sur les joues de l'humaine qui avait retrouvé ses vingt ans. Elle riait aux blagues. Elle s'amusait de voir Elfes, Fushicho, Kirua et Lord Rats tourner et se courir après. Elle posait un regard doux sur Vander, Kratos... Et la centaure qui souffrait encore trouvait cela presque déplacé de sa part. Comment pouvait-elle oser ? Comment pouvait-elle rire et s'amuser alors qu'à ses côtés une âme, son âme, pleurait ?! La guerrière grinça des dents. La mage sentit dans son dos le regard noir de sa réincarnation. La joie la quitta immédiatement, et son visage reprit des traits fermés. Elle se retourna.

"Vois-tu... Si j'ai souffert, j'ai aussi, et surtout, connu des moments de bonheur..."

Dans son dos, la centaure voyait défiler des scènes de vie quotidienne. Des jeux dans les fontaines de la grande cité, des poursuites, des fêtes, des beuveries... Ces images de joie faisaient naître en elle comme une rage sourde. Une rage empreinte de jalousie.

"N'aurais-tu pas pu m'éviter toutes tes aventures ?! Je n'ai que faire de tes bonheurs ! Ils ne me touchent pas ! Je ne ressens rien ! Ils ne me concernent pas ! Je ne connais ni ces gens, ni ces lieux ! Seules tes souffrances restent inscrites en moi, des souffrances que je ne pourrai jamais oublier."

Après les Esprits, c'était à présent au tour de la mage de recevoir ses colères. La centaure la foudroyait du regard. La méchanceté semblait l'habiter. Et soudain, une image attira son attention, là, dans le dos de l'humaine. C'était une mer, une plage, des falaises... C'était Avalon...

"Qu'est-ce que... ?"

Là, sur cette plage tant parcourue, Vaïel lui souriait. C'était comme au premier jour, cependant... Il paraissait plus jeune. Les cheveux grisonnants avaient fait place à de folles touffes rousses.
La centaure fit quelques pas et dépassa sa vie antérieure. Elle voulut toucher cette image, pouvoir entrer en contact avec son ami, mais seul le vide s'offrit à ses doigts nerveux.


"Au bout de quelques années, j'ai décidé de voyager, d'ouvrir mes horizons... Je suis allée vers le sud, le nord, vers l'est et... vers l'ouest... Un jour, après une nuit agitée de mauvais rêves, une île m'est apparue..."
"Avalon ?!"
"Oui... Si belles, si douces. Comme ces terres étaient merveilleuses à arpenter ! J'y ai rencontré un certain Vaïel... Durant quelques semaines, il m'a fait partager certaines de ses connaissances, il m'a prise sous son aile. C'est ainsi que j'ai connu les Esprits... Sous une apparence calme, mon coeur battait de rage. Mon passé me hantait sans cesse. Mes amis me revenaient en rêves, leurs yeux pleins d'un feu infernal. Moi aussi j'ai voulu passer un pacte avec eux... Pour tout effacer, dans un acte égoïste. Mais Vaïel, ton ami, notre ami, m'en empêcha. Je lui dois mon âme..."

La centaure écoutait, bouche bée. Elle plongeait ses yeux dans ceux de l'Ancien qui se tenait face à elle, toujours souriant.

"Je dus partir... La liberté m'appelait vers d'autres contrées. La volonté de fuir mon passé aussi... Rester en un même lieu me peser très vite. Vaïel savait que nous nous retrouverions un jour..."

Elle encercla les épaules de la centaure de ses bras rassurants et amicaux. A son oreille, elle murmura :

"Avalon nous appelle. Quoique nous fassions, où que nous allions, cette île nous attire..."

Ossiria se retourna brusquement. L'image de son ami avait disparu. La simple vision de celui-ci avait réussi à la calmer un peu, mais pas totalement. La mage le savait. Elle plaça sa main sur le front de la guerrière.

"Je te le dis... les Esprits donnent les joies aussi... Rappelle-toi..."

Les yeux de la centaure lui pesèrent. Elle se sentit partir comme dans un autre espace. Comme un sommeil profond qui frappe soudainement. Entre rêve et réalité, des images lui revinrent en mémoire. Son arrivée sur l'île, Vaël, Demosthénia, Shalandrass, Schyzophrène, Astro, Slévas... Des visages, des voix, des moments passés. Moments sereins, pleins d'innocence, pleins d'une vie nouvelle, passée mais pourtant présente. Cette vie était enfouie là, au plus profond d'elle-même. Elle vivait recluse, terrée, car craintive face aux événements qui la bousculaient.

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Drapée dans des linges en lin, Ossiria ouvrit timidement les yeux. L'éclat d'un soleil déjà haut dans le ciel la tira doucement des bras de Morphée. Entre somnolence et éveil, la centaure laissa glisser les minutes, les heures. Enfin, elle se décida à se lever. Endolorie, elle se poussa jusque dans sa salle d'eau. Sur le miroir, un reflet lui parut inconnu. Etait-ce un rêve ou était-ce la réalité ? De grands yeux bleus dévoraient un visage qui n'était pas le sien. La fatigue l'avait décomposé. Les traits tirés, les cernes, parcouraient une face triste et mélancolique.
L'eau coula de la fontaine, délicieuse, chaude, décontractante. La centaure resta ainsi sous l'onde. Elle ressentait le besoin de laver toutes ces impressions, toutes ces images. Ce rêve, quelle horreur... Pourquoi l'avait-elle fait ? Son esprit devait être bien complexé ces derniers temps, soumis sans doute à de trop lourdes épreuves... De la tension qui se répercutait sur sa psychée. Oui... Ce devait être cela l'explication. Elle perdit la notion du temps et resta là durant des heures.
Un cri strident soudain la sortit de ses pensées. Venu de sa chambre, il semblait l'appeler. La centaure réagit alors et sortit précipitemment. Là, au milieu de la pièce, se tenait la mage.


"Non... Ce n'était pas un rêve Ossiria..."

Une chouette d'une blancheur étonnante était posée sur son bras. Ses larges yeux dorés fixaient la centaure. C'était un regard si humain...

"Eneï... C'est son nom... C'est un cadeau... Elle t'aidera à croire. Chaque fois qu'elle se présentera à toi, ce sera pour te rappeler qu'il ne faut pas perdre espoir..."

L'animal s'élança et se posa aux sabots de la guerrière. Les ailes écartées, il sembla s'incliner, dans un doux bruissement.

"Ma tâche est à présent finie. Tu as payé ta dette. Les Esprits ne te demanderont plus rien tant que tu ne retourneras pas les trouver... N'oublie pas... Dans les moments compliqués, suis Eneï... Elle te guidera."

La mage saisit sa capuche et y abrita sa tête. Son bâton traça un cercle sur le sol, et, dans un nuage de mana mauve, elle disparut, sa voix raisonnant encore :

"Elle te guidera"

Indécise, Ossiria resta immobile avant de poser son regard sur la chouette toujours placée au sol.

"Eneï..."

L'oiseau sembla comprendre et s'envola, tournoyant autour de la centaure intimidée par cette présence nouvelle. Devant l'agitation de l'animal, elle ne put retenir un sourire. Le rapace vînt alors se poser sur l'une de ses épaules protégée par son corsage de cuir dur. La guerrière effleura du doigt le plumage qui se frottait contre son oreille. C'était duveteux, apaisant, rassurant. La chouette semblait apprécier le contact, fermant des yeux satisfaits. Une brise vînt les tirer de leur méditation.

"Eh bien Eneï... Je vais te faire visiter l'île..."

La centaure carressa encore sa nouvelle compagne avant de prendre le pas. De plaines en collines, de plages en montagnes, toutes deux profitèrent du printemps naissant. Bien qu'hantée par des images, Ossiria semblait recouvrer la vie. Mais elle avait changée. Rien ne serait plus comme avant. Son sourire avait disparu.

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MessageSujet: Re: Une vie   Mar 3 Avr à 0:23

Tout ça pour expliquer comment elle a eut une chouette XD :boir:

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MessageSujet: Re: Une vie   

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